revue de PRESSE

Dévotion

 

 

Amours, révoltes et rêves ratés

 

Avec Dévotion, de Clément Bondu, les comédiens de la dernière promotion de l’Esad font leurs preuves à Avignon. Sous-titré dernière offrande aux dieux morts, le spectacle écrit et mis en scène par Clément Bondu, avec les jeunes comédiens tout frais sortis de la promotion 2019 de l’École supérieure d’art dramatique de Paris (Esad), sous-entend qu’il y en aurait d’autres, qui seraient bien vivants, eux. Comme tous ces garçons et ces filles, ces dames et ces messieurs, ces ancêtres aussi, qui peuplent villes et campagnes. Dévotion, nous dit-on encore, est « une pièce dédiée aux héros ratés du XXIe siècle ». Et le prologue nous perd un peu plus en déclarant, devant un rideau fermé : « Vous pensez être assis dans une salle de théâtre, dans le public, face à la scène. Là où bientôt se déroulera devant vos yeux une pièce de théâtre, un spectacle avec des acteurs, des actrices, des costumes, des lumières, un décor ; ou bien encore pas de costumes, pas de lumières, pas de décor… »

Une joie véritable sur le plateau. De cette accumulation d’affirmations et de questionnements, sur la vie, l’amour, l’honnêteté, la révolte, la colère, la lâcheté, le théâtre, entre autres choses, une certitude se dégage cependant, nous sommes bien au théâtre. Et dès les premières minutes, nous savons que nous sommes pris par une main qui ne nous lâchera plus jusqu’au bout des deux heures et demie bien sonnées, et que l’on ne voit pas passer. Dévotion est une première devant un vrai public pour Salomé Benchimol, Claire Bosse-Platière, Mona Chaïbi, Thomas Christin, Baptiste Fèbvre, Antoine Forconi, Alexandre Hamadouche, Fanny Kervarec, Olivia Mabounga, Angie Mercier, Babissiry Ouattara, Joséphine Palmieri, Tom Pezier, Margot Viala. Tous ne sont pas parfaits, mais chacun montre une joie véritable sur le plateau, ce qui est déjà beaucoup. Heureux, forcement de partager cette première aventure au Festival d’Avignon en ce début juillet. Leur travail s’appuie sur un texte écrit par Clément Bondu, dans un esprit de « recherche » collective. Une des forces de ce manuscrit foisonnant étant, non pas de raconter une, mais des histoires, ou plutôt des fragments. Alors oui, tout est bariolé, bricolé, parfois dénudé, presque toujours drôle, poétique, politique, saignant, détraqué, déjanté, et donc, forcément assez génial. Tout y est vie, même au cimetière. Ils ont la force de nous le faire croire.


Gérald Rossi, L’HUMANITÉ

Publié le 5 juillet 2019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dévotion: l'ESAD sur les ruines de l'Europe

Avec 14 comédiens de l’École supérieure d’art dramatique de Paris (ESAD), Clément Bondu poursuit dans Dévotion sa belle et singulière quête d’une parole, d’un espace théâtral réparateur des catastrophes d’hier et d’aujourd’hui. Des désastres de l’Europe. Avec les épopées électro-rock de son groupe Memorial* comme avec son poème dramatique L’Avenir créé aux Plateaux Sauvages en octobre 2018, Clément Bondu nous a habitués à sa présence à la fois fragile et puissante. Avec sa compagnie Année Zéro, il nous a donné goût à sa voix profonde et à ses traits angéliques, juvéniles. À sa manière bien à lui de porter son propre verbe poétique aux accents crépusculaires, au charme d’après l’apocalypse. Avec Dévotion – dernière offrande aux dieux morts, qu’il a présenté deux fois en avant-première au Théâtre de la Cité Internationale avant d’aller au Festival d’Avignon, il prouve sa capacité à mettre en scène d’autres corps, à faire avec d’autres sensibilités. Celles de 14 comédiens de la promotion 2019 de l’ESAD, pour qui il a écrit cette pièce pendant deux ans de laboratoires de recherche portés par Les Plateaux Sauvages. Davantage qu’un spectacle de fin d’études, il signe avec eux un important chapitre de l’oratorio peuplé de fantômes qu’il déploie de spectacle en spectacle. En voyageur errant, solitaire. Dès les premiers mots du prologue de Dévotion, on reconnaît l’univers singulier de Clément Bondu. Dans une veste militaire d’un autre temps, un jeune homme assume seul le rôle du Chœur. « Vous pensez ouvrir un livre de théâtre. Ou vous pensez être assis dans une salle de théâtre, dans le public, face à la scène », commence-t-il dans un souffle qui fait penser à celui de l’auteur lorsqu’il est lui-même au plateau. Mais avec une manière bien personnelle de s’emparer de l’espace, d’en faire un espace paradoxal. Un lieu non-identifiable où les violences et les catastrophes qui jalonnent l’Histoire de l’Europe depuis le XXème siècle sont exprimées avec la douceur, avec la poésie d’un espoir malgré tout. Tout en restant fidèle à ses longues traversées verbales de paysages en ruines – au sens propre parfois, figuré le plus souvent – Clément Bondu a su opérer le virage suffisant pour les rendre partageable. Pour accueillir à ses côtés les jeunes comédiens de l’ESAD. Si comme les créations précédentes d’Année Zéro, Dévotion repose essentiellement sur la langue, on y découvre aussi des éléments nouveaux dans le vocabulaire de l’artiste. Des images quasi-cinématographiques surtout. Des tableaux vivants qui doivent beaucoup à la scénographe Anne-Sophie Grac et au collaborateur artistique Charles Chauvet, qui œuvre avec bon nombre de metteurs en scène bien repérés de sa génération (Marcus Borja, Élise Chatauret ou encore Lorraine de Sagazan). En situant les trois parties de la pièce – « Paris la nuit », « Le Club » et « Fête des morts » dans des décors différents, le metteur en scène va vers les acteurs. Il leur offre des entrées concrètes pour pénétrer dans son univers de mots et de musique.Pas de personnages au sens classique pour autant, dans cette fresque de 2h30, mais plutôt une accumulation de figures. Parmi lesquelles quelques spectres récurrents. Le poète Animal-Baal par exemple, Ophélia ou encore L’Idiot, qui n’ont plus grand-chose des personnages théâtraux et romanesques dont ils portent le nom. Ballet d’hommes et de femmes sans qualités autres que leur recherche d’un peu de douceur et de lumière, Dévotion questionne les codes de la représentation autant que les valeurs de notre civilisation. Évoluant au fil des parties vers une forme de rituel macabre mais présidé par un Idiot déguisé en créature à poils rose bonbon, ce beau spectacle d’entrée dans la vie professionnelle ne se complaît jamais dans le noir qu’il broie. Il en fait des danses et des totems.

 

Anaïs Heluin

"coup de cœur" / www.sceneweb.fr

Publié le 1er juillet 2019

 

 

Nous qui avions perdu le monde

 

Poésie : la puissance évocatrice de Clément Bondu

Il sera programmé au festival d’Avignon cet été pour un spectacle avec les élèves de l’ESAD, Clément Bondu écrivain, metteur en scène et interprète, nous a récemment hypnotisé avec une création atypique présentée au Théâtre de la Cité internationale  « Les Adieux (nous qui avions perdu le monde) ». La forme est surprenante, un voyage crépusculaire, la quête inassouvie d’un ailleurs fantasmé, sous les traits d’un poème musical aux accents rock. Accompagné au plateau par huit musiciens, la voix posée, le corps chancelant parfois,  Clément Bondu  nous emmène loin, il fait défiler paysages pittoresques et misères du capitalisme charriant avec lui toute la mélancolie du monde. Un spectacle qui marque. Il s’avance lentement et prend place au centre du plateau, entouré d’instruments de musique épars. Dès les premières inflexions de sa voix le spectateur embarque pour un long voyage, une odyssée sublime et triste. Sa voix est grave, profonde et pourtant il nous paraît fragile, un corps droit bien planté dans le sol et une aura presque fantomatique. Le spectacle sera à son image, insaisissable et lourd, quelque chose de tellurique et pourtant profondément ancré dans l’univers de la rêverie. De cet oratorio désordonné jaillit une force intense, renforcée par la présence magnétique de l’orchestre, la musique déboule en secousses, tape au coeur et cloue à la chaise, par vagues elle rythme le phrasé envoûtant de la poésie.  « Les Adieux » est en réalité le second volet de cette quête initiatique aux confins d’un monde globalisé et déshumanisé et l’on pourrait se demander si ce voyage a réellement existé.  A-t-il été rêvé ? Qu’importe tant la prose de Clément Bondu est évocatrice, tant les mots rapportent avec fougue des fragments colorés de souvenirs, des odeurs, des rencontres, des images. D’un pays à un autre, d’un continent à un autre, juste en clignant des cils, le spectateur traverse des frontières nées aux hasard des errances du poète. La collaboration avec Jean-Baptiste Cognet sur la création musicale est une réussite totale, la complémentarité entre les sons et le verbe dessine en filigrane un paysage mouvant et fragile. De cette expérience, car c’en est une, intense et unique, reste longtemps après une sensation indéfinissable, l’impression d’avoir vécu quelque chose de rare, un état proche de la sidération. Nous restons là, foudroyés.

Audrey Jean

www.theatres.com

Publié le 9 avril 2019

Clément Bondu, voyageur crépusculaire

Avec le compositeur Jean-Baptiste Cognet, Clément Bondu, voyageur crépusculaire mène depuis plusieurs années une odyssée musicale sur les dérives, sur les tragédies de notre monde. Sa seconde partie, Les Adieux (Nous qui avions perdu le monde), est la bouleversante quête d’un « lieu acceptable ». Le metteur en scène sera présent cet été au Festival d’Avignon avec les élèves de l’École supérieure d’art dramatique de Paris, et présentera Dévotion, dernière offrande aux dieux morts. Entrer en scène, pour Clément Bondu, ressemble à un exercice d’arrachement. Dans la faible lueur qui éclaire son arrivée dans la pénombre presque totale du plateau, tout dans ses gestes lents, dans sa manière d’investir seulement le petit espace central où l’appelle un micro, évoque les promenades solitaires qu’il lui a fallu interrompre pour arriver là. Pour venir se dresser face à nous et parler. Pour décrire une traversée des continents dont rien ne dit si elle a vraiment été vécue ou si elle a été rêvée. À moins de lire le dossier du spectacle, où l’artiste dit son besoin, à un moment de sa vie, de partir voir ailleurs si c’était pareil ou différent d’ici. Quitte à se mettre en danger. Ou peut-être, sûrement même, en quête de danger autant que d’espoir. Seconde partie de l’épopée musicale de Clément Bondu et de Jean-Baptiste Cognet, Les Adieux (Nous qui avions perdu le monde) est un poème aux accents de fin du monde. Un oratorio qui, comme L’Avenir créé cette saison aux Plateaux Sauvages, a la majesté déchirante du dernier souffle. Sa grande fragilité, qu’expriment aussi à leur belle manière rock et mélancolique les huit musiciens qui rejoignent Clément Bondu les uns après les autres. À commencer par le compositeur Jean-Baptiste Cognet, dont le piano fait office de paysage. De même que la batterie de Yann Sandeau, la guitare électrique de Franck Rossi-Chardonnet, la basse, la contrebasse et les synthétiseurs de François Morel, la flûte de Fanny Rivollier et enfin les violoncelles d’Elsa Guiet, de Lydie Lefebvre et d’Amandine Robillard.Quasi-immobile, Les Adieux est une parenthèse dans le voyage de Clément Bondu. C’est la preuve que pour l’artiste, qui interrompt un moment son récit pour en formuler l’idée, le monde et la parole sont séparés. Et que si cette dernière peut servir aux hommes, c’est tout au plus pour garder des traces de leurs tentatives, de leurs courses contre l’inévitable qu’ils ont en partage. Glissée discrètement dans ses descriptions de la Russie, de la Chine, du Mexique ou encore de Cuba, qu’il dit « hantées par les souvenirs du communisme », cette réflexion éclaire une chose essentielle dans le travail de Clément Bondu : sa recherche d’un endroit de réparation. Ou du moins d’apaisement des douleurs que suscitent le simple fait d’être en vie. Si certaines étapes de son long parcours poétique peuvent sembler un peu trop frontales dans leur critique de la société de consommation, du spectacle et d’autres désastres, Clément Bondu réussit à ne jamais se faire lanceur d’alerte. Sa prose intemporelle, rimbaldienne, sa voix profonde et pourtant distante, sa présence à la fois très incarnée et tremblante font de sa parole rescapée des bas-fonds un chant du cygne qui semble ne jamais devoir se finir. Et qui, de fait, se poursuit chez l’artiste de création en création. Au point de se réunir en une seule phrase qui peut être, pour celui qui la reçoit, un lieu proche de celui que recherche Clément Bondu. Un espace d’accalmie.


Anaïs Heluin

www.sceneweb.fr

Publié le 31 mars 2019


 

« UN COUP DE POING AU VENTRE »

Reçu comme tel par Joël Gunzburger, le projet de Clément Bondu et Jean-Baptiste Cognet mérite vraiment d’être soutenu. (…) Pour dresser un état des lieux des ruines du xxe siècle, Clément Bondu parcourt le vaste monde, du Grand Nord à l’Équateur, depuis le Moyen-Orient jusqu’en Amérique latine, en passant par les Balkans. Entre résurgences des nationalismes et nouvelles formes de « vivre-ensemble », son périple se fait l’écho de conflits ouverts et de révoltes latentes. Quatre heures de musique et de poésie qui ne peuvent laisser indifférent. À en juger cette première partie, l’odyssée promet effectivement d’être une expérience inoubliable. Entre orchestre rock et ensemble pop de chambre, la partition, jouée sur scène par neuf musiciens talentueux, est parfaitement adaptée à ce récit initiatique, une quête fervente aux envolées lyriques. L’inspiration est de haute volée, l’interprétation débridée et l’énergie contagieuse. Une belle façon de se réapproprier le monde par le langage et la musique qui donne aux utopistes l’envie d’en découdre pour assouvir leur soif de liberté et de paix.

 

Léna Martinelli

Les Trois coups

Publié le 4 octobre 2016

L'AVENIR


 

« L’avenir » de Clément Bondu : ville morte, Europe aux yeux tristes​

De son triste poème L'avenir, Clément Bondu fait palpiter les mots, la musique, la brume et les images d'une fin à venir. Celle de l'Europe, celle du vivant. Esseulés, ses " Nouveaux Tsiganes" évoquent avec ironie l'errance annoncée. Il faut écouter et voir ce poème d'un jeune homme qui fait de l'espérance un souvenir amer. Jusqu'au 12 octobre aux Plateaux Sauvages à Paris. Au sol, dans une brume dorée, trois écrans éclairent en noir et blanc de leurs mouvements oscillatoires. Offrant leurs reflets à la pénombre, gisent dans le sable noir des bouteilles en plastique. Dans cet environnement de fin du monde, deux musiciens se propulsent de part et d’autre de la scène. Au centre apparaît le visage éclairé de Clément Bondu, son jeune corps longiligne se fondant dans l’épaisseur de la lumière. De ses mots chuchotés, scandés, incarnés, le poète fait se profiler une Europe anéantie d’où émergent les « Nouveaux Tsiganes », condamnés à une déambulation désespérée et infinie. On entend « le début de l’exode urbain la nouvelle transhumance de l’humanité » sinuant dans des paysages anéantis sans doute par une catastrophe climatique. Figurant l'impression de cet abandon, des images en noir et blanc défilent lentement sur les écrans. Au fil du poème, depuis la mystérieuse chambre 411 surgit la nostalgie d’un passé révolu, l'évocation d’un vivant anéanti. Le poème aurait pu s’intituler Les désastres, en référence à ceux dessinés par Goya. Clément Bondu l’a nommé L’avenir, assumant l’annonce d’une sinistre prophétie, accompagné sur scène par la musique électronique de Yann Sandeau et Jean-Baptiste Cognet. C’est aux Plateaux Sauvages, où l’écrivain est en résidence, qu’a été conçue cette performance théâtrale. Elle se joue dans la salle modulable des Plateaux Sauvages à Paris du 1er au 12 octobre 2018, puis le 24 novembre 2018 au Théâtre Sorano de Toulouse, et du 5 au 9 février 2019 au Théâtre de l’Élysée à Lyon.

Véronique Giraud

NAJA 21

Publié le 5 octobre 2018
 

L'Avenir, oratorio d'un ange déchu

Accompagné des musiciens Yann Sandeau et Jean-Baptiste Cognet, Clément Bondu crée autour de son poème dramatique L’Avenir une performance au charme crépusculaire. Un puissant chant romantique d’après la catastrophe. D’après l’Europe. Tandis que Clément Bondu s’avance jusqu’à la terre répandue sur scène, qu’il s’arrête près de quelques écrans diffusant une lumière grise, brumeuse, une parole métallique s’élève. La terre est à bout de souffle, dit-elle en substance. Trop fatiguée pour supporter encore la course des hommes, leur éternel désir de pouvoir et de progrès. Derrière leurs synthétiseurs et autres machines cachées dans la pénombre, Yann Sandeau et Jean-Baptiste Cognet posent les bases de l’univers électro-rock à la « vitalité désespérée » de leur groupe Memorial* fondé avec Clément Bondu. L’Avenir peut commencer. Pour qui ne connaît pas l’auteur et interprète de cette performance créée aux Plateaux Sauvages où il prépare sa prochaine pièce, Dévotion – avec les élèves de la promotion 2019 de l’ESAD -- , sa voix est une première surprise. Soulignés par la furieuse mélancolie de la musique et par les belles lumières à l’agressivité agonisante de Nicolas Galland, le corps frêle et le visage angélique de l’artiste, son air tombé du ciel, cachent en effet un timbre d’une étonnante profondeur. Un troublant détachement. Ses mots ne sont pas moins inattendus : « … nous étions partis pour de bon / abandonnées les rues que nous connaissions / depuis toujours / les places à l’ombre des cafés / délabrées par la lumière d’août / et notre jeunesse en allée avec nos souvenirs / la ville que nous aimions », commence-t-il, toujours rivé à sa terre d’où émergent des éclats dorés. Comme dans la fresque musicale Nous qui avions perdu le monde, qu’il déploie depuis plusieurs années avec Memorial* et la plupart des mises en scène, films et performances musicales qu’il crée depuis quatre ans au sein de sa compagnie Année Zéro, le jeune auteur puise pour dire L’Avenir dans des courants littéraires d’hier qu’il met au diapason d’aujourd’hui.Son art de l’actualisation poétique, Clément Bondu le met au service d’une analyse politique sans concession. Sur la face d’un monde peuplé de « milliers de fantômes / partisans fugitifs / indigents & chômeurs / réfugiés / immigrés ou natifs des démocraties » d’une Europe qu’il qualifie par exemple de « déesse putréfiée / aux lèvres infestées de mouches purulentes », il verse une poésie lyrique aux accents rimbaldiens. Sa langue ciselée, ses images pleines de ruines et de paysages dévastés décrivent un voyage comme on en trouve dans bien des dystopies. Dans Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley par exemple, dont les Sauvages que rencontre le personnage principal au terme de sa fuite font penser aux « Nouveaux Tsiganes » de L’Avenir. Des « bohémiens d’un genre nouveau » qui, dit Clément Bondu, « nous voyant ainsi perdus & désarmés / nous emmenèrent avec eux ». Bien que statique ou presque, c’est une épopée que scande Clément Bondu. De la gare d’Austerlitz à des contrées lointaines et anonymes – seule Lampedusa, cimetière « d’oiseaux difformes / aux plumes gorgées de pétrole / reliques imputrescibles de cartes mères / cadavres de poissons gonflés / de puces électroniques (…), est nommée – , son oratorio qu’il place dans le sillage de Howl d’Allen Ginsberg et de La Terre vaine de T.S. Eliot traverse les tragédies de notre époque sans verser dans l’apitoiement. Avec une élégance et une âpreté proche de celle de La Jetée de Chris Marker. Autre référence de Clément Bondu, d’autant plus pertinente que l’origine de L’Avenir vient d’une série de photographies prises par l’auteur. Projetées sur les écrans, ces images proches de l’univers post-apocalyptique de Tarkovski complètent subtilement le voyage qui se poursuivra en haut lieu. Car, après Nous qui avions perdu le monde, c’est au Théâtre de la Cité internationale en juin que l’on pourra découvrir Dévotion. Une « pièce dédiée aux héros ratés du XXIe siècle, aux révoltes, aux amours, aux illusions perdues ».

 

Anaïs Heluin

www.sceneweb.fr

Publié le 4 octobre 2018,

 

 

Sauvé des eaux troubles d'une planète à l'agonie

" Après Lou Wenzel et Olivier Balazuc avec Max Gericke ou du pareille au même, c’est au jeune et talentueux, Clément Bondu d’inaugurer les plâtres des Plateaux Sauvages. Alors qu’il répète L’Avenir, pièce qu’il a écrite et présente pour une dizaine de dates du 1er au 12 octobre 2018, il a accepté d’ouvrir les portes du studio pour un premier filage. La salle est vide. Sur le plateau, le comédien se tient debout entouré de deux musiciens. Quelques techniciens s’installent çà et là sur les gradins amovibles pour les derniers réglages. Le noir se fait. Une voix microtée dont les graves ont été exagérés rompt le silence et entame une litanie « techno ». Les mots semblent sortis d’outre-tombe. Histoire d’anticipation, futur proche apocalyptique, le jeune homme, presque immobile, conte un drame écologique. Paris n’est plus. Il faut évacuer. La ville est devenue hostile, inhabitable. La musique techno, les lumières aveuglantes finissent de nous plonger au cœur de ce drame humain, de cet exil obligatoire. Vision sombre, funeste, Clément Bondu, vêtu d’un blouson de cuir marron élimé, scande sa prose. Son corps vibre au rythme des beats, des ponctuations de cette cantate mortifère. Sorte de Cassandre des temps à venir, le jeune auteur, enfermé dans un rectangle que dessine des néons, tente de retrouver, malgré les interdits, son amour perdu au détour d’une rue. Imposant une ambiance digne d’un concert électro, qui n’est pas sans rappeler le travail artistique de Julien Gosselin, il réveille nos consciences. Peut-être n’est-il pas trop tard ? Peut-être peut-on encore inverser la vapeur toxique, qui envahit le plateau ? Cri de vie, ode à la nature, il se rêve tel un Nouveau Tsigane, un migrant à rebours qui quitterait l’ancienne terre promise, maintenant ravagée, l’Europe, pour se retrouver à Lampedusa attendant d’être accueilli par ces contrées que fuient actuellement par milliers des hommes, des femmes, des enfants qui craignent pour leur vie. En signant un texte éminemment poétique et politique, le jeune trentenaire questionne l’avenir, secoue nos certitudes et nous entraîne, porté par son chant fait de répétitions, de songes noirs, fantasmagoriques, dans son foisonnant imaginaire, dans une transe hypnotique... Curieux, le regard brillant, il habite son texte et lui donne vie avec une grande énergie.  Par sa gentillesse, son optimisme, son intelligence du monde, des choses, Clément Bondu séduit, envoûte. Après quelques réglages, cet artiste à suivre qui en a sous le capot prend le temps de parler de ses projets, notamment de Dévotion, la pièce à 14 personnages qu’il prépare avec les élèves de la promotion 2019 de l’ESAD (École Supérieure d’Art Dramatique de la Ville de Paris), de ses autres envies. Alors, tout comme moi, rendez-vous chambre 411, lieu singulier, chimérique, situé entre un hôtel soviétique désaffecté et les Plateaux Sauvages où notre héros romantique a posé un temps ses valises, et laissez-vous embarquer dans ce voyage autant noir qu’empli d’espoir."


Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

L'oeil d'Olivier

Publié le 3 octobre 2018

 

 

MEMORIAL*

 

 

« Il y a ici de la rage, de l’intelligence, une volonté de résistance, un verbe débridé, et du rock de haute volée sous influence Joy Division / Radiohead : tout ce qu’on aime ! (…) nous voilà précipités dans une nouvelle dimension, dure, rock, ludique, psalmodique (…) ce spectacle captive par sa force poétique et son ambition de « retrouver une forme d’horizon »

 

Jean-Luc Porquet

Le Canard enchaîné

Publié le mercredi 22 juillet 2015

 

« Est-ce un récit, un concert de rock, un spectacle musical ? Qu’importe, la fascination s’empare de nous au final. Les mots, soigneusement choisis, sonnent juste et trouvent un écho en nous. Le tempo et la diction de Clément Bondu, ses gestes lents et saccadés derrière son micro au milieu de la scène ont un effet hypnotique. »

 

Audrey Natalizi

I/O gazette, « Tristesse et solitude »

Publié le 10 juillet 2015

 

« On retrouve les accents désespérés d’un Cantat meilleure période de Noir Désir. Lourd, romantique, rageur et sombre. (…) Servi par une voix splendide, des musiciens jetant des accords lancinants, l’esprit reprend pied dans une énergie qui fleure bon l’humanité, et le fuck, death, and void. »

 

Sébastien Descours

I/O gazette, « Rock is alive »

Publié le 10 juillet 2015

Anaïs Heluin, POLITIS

publié le 5 juillet 2019